Discours de Suède — Albert Camus

Une référence philosophique

Penser le rôle de l’artiste et ses caractéristiques ne sont pas forcément au cœur de tout processus artistique. Pourtant, cette réflexion me semble importante pour beaucoup d’artistes à un moment ou un autre de leur parcours. Les deux discours qu’Albert Camus prononce lorsqu’il reçoit le prix Nobel à Stockholm en décembre 1957 interrogent le rôle et la liberté de l’artiste dans la société de son époque. Ce texte de référence est donc un peu plus « intellectuel » que les références dont je vous ai parlé jusqu’à présent. Mais l’actualité de ce texte résonne encore 60 ans après.

Deux discours complémentaires

Ce texte relativement court va à l’essentiel1. Dans le discours du 10 décembre 1957, Camus nous livre sa conception du rôle de l’écrivain :

[…] émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes.

La suite du texte précise son idée de l’équilibre dynamique qui nourrit la création artistique.

L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher.

On est donc loin de l’artiste isolé, retranché dans sa tour d’ivoire ou de l’artiste maudit. Pour Camus, l’artiste est partie prenante de la société et c’est sur cette relation qu’il s’attarde dans sa conférence L’artiste et son temps du 14 décembre 1957.

Aujourd’hui, tout est changé, le silence même prend un sens redoutable. A partir du moment où l’abstention elle-même est considérée comme un choix, puni ou loué comme tel, l’artiste, qu’il le veuille ou non, est embarqué.

Ces deux textes se complètent donc pour dresser le portrait de l’artiste et des conditions de sa liberté. Un portrait par les exigences de ce rôle : universalité, beauté, communauté, engagement, à l’épreuve du présent et du futur pour

[…] empêcher que le monde se défasse.

Une réflexion sur la liberté de l’artiste

Ce petit livre fait partie de ceux que j’ai plaisir à relire régulièrement. Quelle force dans les mots de Camus ! Ces deux textes sont une base de réflexion solide, un échange avec un pair au-delà du temps. Qu’importe qu’il emporte ou non notre adhésion à la totalité de ses idées ! Il nous propose sa vision, une vision à la dimension de l’humain et de ses préoccupations intemporelles.

liberté artiste

Peu de textes dressent avec autant d’exigence un portrait du rôle de l’artiste. Peu de textes également mettent l’accent avec autant de force sur les conditions de la liberté de l’artiste et sur ses conditions d’existence. Les Discours de Suède mettent avant tout l’accent sur l’universalité que recherche l’artiste. Au travers d’une approche et d’une esthétique personnelles, la démarche artistique vise à créer une œuvre qui éveille une résonance avec chacun. On pense immédiatement à Térence :

Rien de ce qui est humain ne m’est étranger.

Mais au-delà de ça, Camus met l’accent sur les conditions de la liberté artistique :

Il chemine entre deux abîmes, qui sont la frivolité et la propagande. Sur cette ligne de crête où avance le grand artiste, chaque pas est une aventure, un risque extrême. Dans ce risque pourtant, et dans lui seul, se trouve la liberté de l’art.

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  1. D’autres citations issues des Discours de Suède

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