Artiste…

Artiste… J’ai encore du mal à utiliser ce mot pour me définir. Je lui ai longtemps préféré le terme d’artisan ou des termes plus spécifiques (illustrateur.trice, graveur.se, etc.). Pourquoi hésiter à se définir comme artiste ? Quelles connotations négatives nous freinent ? Quelles idées reçues sur l’artiste nous empêche de revendiquer ce rôle ? J’ai envie de poser ici quelques réflexions…

Membre d’une corporation

Dans notre culture française, s’attribuer un titre correspondant à une fonction sociale ou professionnelle signifie maîtriser l’ensemble des compétences correspondant au diplôme qui donne accès à cette fonction. Or il n’existe aucun diplôme qui « autorise » à être artiste ou qui suffise pour l’être. Aucune formation ne donne accès à ce titre professionnel. On peut devenir artiste de façon autodidacte ou en sortant d’une école prestigieuse ou en suivant une voie qui mêle les deux. Il n’y a pas de règle ni de recette.

Il n’y a pas non plus d’échelle de valeur commune à l’ensemble des métiers artistiques, ni même aux artistes d’un même domaine. On ne peut pas réduire la valeur ou la pertinence d’une démarche artistique à un revenu ou à une notoriété. On ne peut pas non plus calculer le nombre d’heures passées ou non à travailler sur une œuvre spécifique. On ne peut pas chiffrer, quantifier, dénombrer.

Par le passé, l’appartenance à une corporation, autrement dit la cooptation par ses pairs, faisait partie des critères de valeur du travail artistique. Cette méthode a aussi ses limites comme l’Histoire de l’Art a pu le montrer à plusieurs reprises.

Artiste et syndrome de l’imposteur
artiste syndrome de l'imposteur

Dès lors, il n’est pas rare que le syndrome de l’imposteur pointe le bout de son nez ! Promenez-vous sur les réseaux sociaux ou les blogs et lisez quelques publications, vous ferez vite un triste constat : beaucoup (trop !) d’artistes dévalorisent leur travail, devancent la critique (qu’elle soit ou non méritée), font preuve d’une humilité exagérée, etc. Mallory O’Meara a listé cinq erreurs communes1 que font les artistes lorsqu’ils parlent de leur travail, et cette liste cerne bien les conséquences du syndrome de l’imposteur !

Artiste, imprévisible ou fantasque

Chacun.e a déjà entendu ou prononcé une phrase du type « C’est un artiste » pour justifier un choix imprévisible ou irrationnel. Ou encore pour pointer du doigt un comportement égocentrique ou fantasque… Parfois, l’artiste fait des choix surprenants, mais, pour autant, est-ce sa seule caractéristique ?

L’imprévisibilité dans les solutions proposées est la force de l’artiste ou du créatif en général. L’artiste est imprévisible dans le bon sens. Il est celui.celle qui crée des possibles, des solutions, des possibilités ; celui.celle qui invente, celui.celle qui découvre de nouveaux chemins. Être artiste, n’est-ce pas, ainsi que le rappelle Albert Camus dans ses Discours de Suède, penser le monde de demain et ouvrir un passage vers sa réalisation ?

Ouvrir des portes vers l’imaginaire

Nous avons tous à l’esprit aussi les manies plus ou moins bizarres de tel.le ou tel.le artiste connu.e. Et ce n’est pas vraiment un hasard. Ces « manies » sont le terreau de leur imagination, leur sas vers l’imaginaire. Bien qu’il soit plus facile de vivre en société si on évite de les accumuler ou de les surestimer, elles ont un rôle à jouer dans un processus créatif.

Bien sûr, ces manies ne sont pas le gage de qualité d’une démarche artistique. Mais elles contribuent véritablement à favoriser la création. Créer est un acte essentiellement solitaire, parfois douloureux. Être artiste suppose de se confronter au doute, à la quête d’un idéal esthétique et/ou philosophique.

Ces routines sont une façon pour l’artiste de s’envelopper dans une chrysalide fictive qui lui permet de transformer son expérience vécue en éléments d’œuvre d’art, de maintenir un cap, de laisser mûrir ses inspirations…

Artiste, un métier qui donne du sens

C’est en forgeant que l’on devient forgeron. L’artiste, avant tout, c’est celui.celle dont la vie est centrée sur son travail de créateur. Celui qui pratique son art avec exigence et honnêteté vis-à-vis de lui-même et des autres. Peu importent donc les diplômes ou les écoles, l’avis des critiques ou du public. En revanche, notre implication quotidienne donne la mesure de notre démarche.

Ainsi, mettre en avant nos réussites n’est pas une forme d’orgueil mal placé. Nous avons travaillé pour cela. Nous avons organisé toute notre vie autour de cela. Dès lors, nous sommes en droit d’être fier.e.s de nos réalisations.

Pour aller plus loin…
aller plus loin, empreintes

Et vous ? Avez-vous une vision plutôt positive ou négative de l’artiste ? Vous définiriez-vous ainsi ? N’hésitez pas à me faire part de vos réflexions dans les commentaires ! 🙂

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi prolonger cette réflexion en faisant un tour sur le blog de l’Escroc-Griffe. Bonne lecture !

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  1. en anglais

Un commentaire sur “Artiste…

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