Vie de l’atelier – Peindre…

Peindre n’est pas un long fleuve tranquille…
Au commencement, c’est un tout petit ruissellement, qui peu à peu s’étoffe jusqu’à devenir ruisseau, petit torrent, rivière. Peindre c’est confronter sur la feuille blanche la certitude d’un crayonné et le doute du pinceau.
Douleur et bonheur.
Ténèbres et extase.

Souvent je m’assieds sur la mousse, plus souvent encore sur la pierre, au bord du petit torrent et je le contemple. Ou nous nous contemplons. Ne sommes-nous pas issus l’un de l’autre et déjà bientôt séparés ?

Le dessin exposé à la lumière, le pinceau au repos, et mes yeux pour seuls passerelle — nous dialoguons.
Il me regarde, je le regarde. Il m’avise et nous décidons. C’est peut-être le moment le plus intense et le plus violent de la peinture.
S’asseoir, en silence, face à l’œuvre qui nait et tracer mentalement le chemin du ruissellement au ruisseau, du ruisseau au petit torrent, du torrent à la rivière.

Parfois le dialogue est aisé, le prochain mouvement évident, l’avancée souple, harmonieuse, joyeuse. Parfois, au contraire, il faut s’asseoir souvent l’un face à l’autre, hésiter — douter — se taire et regarder, avancer prudemment, au prix de mille efforts hasardeux, dans le brouillard et la pénombre.

Pourtant quelque soit la profondeur du doute et les sinuations du ruisseau, le dessin toujours devient rivière pailletée d’or, sereine et forte comme la Sorgue. Et rejeté sur le rivage, lavé, l’on peut reprendre son chemin vers d’autres horizons.

Extrait de mes Notes d’atelier, 12 mars 2018

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